17 Jan Texte Frédéric Lenoir
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Extrait du livre : « L’Âme du monde » de Frédéric Lenoir
«L’âme du monde nous a donné un précieux attelage composé de deux chevaux et d’un cocher. Les deux chevaux, ce sont le corps physique et le corps émotionnel et psychique. Le cocher, c’est l’âme spirituelle ou l’esprit. Tout au long de la vie, il nous faudra apprendre à maîtriser cet étrange attelage. Car sa bonne marche relève de la parfaite symbiose entre les trois éléments qui le composent. Si le cocher est faible ou inexpérimenté et ne domine pas ses montures, l’attelage ira n’importe où, s’échouera dans un ravin ou errera sans fin. Si les montures ne s’entendent pas, l’attelage sera très difficile à tenir et sa course chaotique. Si les montures sont fatiguées ou mal nourries, l’attelage avancera péniblement. Apprendre à vivre, cela commence donc par apprendre à connaître et à prendre soin de son corps, de son psychisme et de son esprit, et favoriser la bonne entente de ces trois dimensions de notre être.
Apprends à connaître, à aimer et à prendre soin du premier cheval, celui de ton corps physique. Découvre, par l’expérience, ses capacités et ses limites. Mais ne cherche pas à dépasser ses limites et ménage-le. Ton corps a besoin de repos. Dors chaque nuit le nombre d’heure nécessaire. Ton corps a aussi besoin de se nourrir. La nourriture ne doit pas seulement apporter un plaisir, mais fournir au corps l’énergie nécessaire.
Il est bon d’aimer son corps, de lui donner du plaisir, d’être attentif à lui. N’écoutent pas ceux qui méprisent le corps. Certaines personnes ne vivent que dans leur tête, en étant coupées de leur corps. D’autres courent et travaillent sans cesse, sans donner à leur corps l’attention et le repos nécessaires. Tous ceux, qui pour une raison ou une autre, maltraitent ainsi leur corps physique, le payent tôt ou tard en épuisement ou maladies diverses et se privent d’un grand bonheur : celui de sentir l’énergie vitale circuler avec fluidité dans leurs jambes, leur bassin, leur ventre, leur poitrine, leurs bras, leur nuque, leur crâne.
Apprends à connaître, aimer et prendre soin du second cheval, celui de ton corps psychique. Cette seconde monture est invisible par les yeux du corps physique, mais nous sentons son existence à travers notre sensibilité, nos émotions, nos états d’âme. Elle est intermédiaire entre le corps physique et l’esprit. Nous sommes sans cesse confrontés à des émotions qui influent sur notre moral, notre bonheur, notre relation aux autres, notre perception de la vie. Il est essentiel d’apprendre à connaître notre psychologie et nos émotions : pourquoi fonctionnons-nous ainsi ? Qu’est ce qui suscite en moi de la joie ou de la peur, de la colère ou de la tristesse, de l’envie ou du désespoir ? Pourquoi je retombe souvent dans les même travers, les mêmes mécanismes de répétitions, les mêmes émotions ? Inversement, qu’est ce qui me met de bonne humeur, me réjouit, me stimule ? Un travail d’introspection est nécessaire à une bonne connaissance de soi. Il peut se faire seul, mais il sera souvent utile, face à des perturbations émotionnelles fortes, de faire appel à un soutien extérieur. Comme il existe des « médecins de notre corps physique », il existe des « médecins du corps psychique et émotionnel » . Il ne faut pas avoir peur de se faire aider par une tierce personne lorsque nous sentons que nous allons mal, que nos émotions nous submergent et nous empêchent d’avoir l’âme en paix. Or bien des blessures viennent de la petite enfance et nous marquent à vie, suscitant à l’âge adulte des comportement ou des émotions qui entravent notre épanouissement. Plutôt que de vivre enchaîné, il est bon de prendre conscience du problème initial et de tenter de le résoudre dans le moment présent, avec la conscience et les ressources, notamment spirituelles, dont nous disposons aujourd’hui.
Nous vous avons parlé des deux montures de l’attelage, parlons maintenant du cocher. Celui qui doit diriger le corps physique et le corps psychique, c’est l’esprit ou l’âme spirituelle. Vous devez aussi apprendre à connaître, à aimer et à prendre soin de votre esprit. Celui-ci est le don le plus précieux que la vie vous ait offert. Car votre âme spirituelle n’est autre qu’une parcelle infime de l’Âme du monde. C’est par elle que vous vibrez à cette « longueur d’âme » qui relie toute chose et tout être dans l’univers. C’est par elle que vous ressentez la beauté et l’harmonie du monde. C’est par elle que vous pleurez devant un beau paysage… C’est par elle que vous sentez toute la grandeur de la vie, mais aussi toute la détresse des âmes vides. C’est par elle que vous pouvez donner votre vie pour un inconnu ou ressentir de la compassion pour un étranger. C’est par elle que vous aspirez à une parfaite liberté. C’est elle qui vous met en quête d’un port où exprimer votre vocation, vos dons. C’est elle qui vous met en quête d’une source qui puisse enfin désaltérer la soif la plus profonde de votre être.
Notre esprit s’incarne en deux lieux et se manifeste par deux voix : l’intelligence et le cœur. L’intelligence nous fait rechercher la connaissance, la vérité et la liberté. Le cœur nous met en quête d’amour. Les deux unis nous font quérir la beauté et la justice.
Apprenez donc à connaître, à aimer et à prendre soin de vos deux montures et de votre cocher. Ainsi votre attelage avancera convenablement sur le chemin de la vie. Mais pour qu’il puisse vous conduire le plus confortablement et le plus loin possible, encore faut-il que vous appreniez à vos montures et à votre cocher à travailler ensemble. C’est le cocher qui mène l’attelage, harmonise l’effort de deux montures, qui sait où aller, donne la direction et la vitesse justes. De même, l’esprit doit maîtriser le corps physique et le corps psychique. Maîtriser ne veut pas dire dominer ou tyranniser. Alors que les chevaux n’ont pas la compréhension du chemin à parcourir et ne font que réagir à leurs sensations immédiates, l’esprit imprime à la vie une direction et une signification. À l’écoute de l’intelligence et du cœur, il détermine le meilleur chemin à suivre en fonction du but à atteindre. Il hiérarchise les valeurs et fixe les priorités qui permettent de faire le bon choix à chaque carrefour de la vie.
Il y a un exercice merveilleux qui favorise à la fois la connaissance et la bonne entente des deux montures et du cocher : la méditation. La méditation relie le corps, le psychisme et l’esprit. L’exercice s’ancre dans le corps physique : le méditant s’assied le dos bien droit et porte attention à sa respiration qu’il laisse venir, libre et profonde. Puis il place sa conscience dans chaque partie de son corps. Il observe les nombreuses sensations physiques, pensées et émotions qui surgissent. Il ne les suit pas, il ne dialogue pas avec elles, il se contente de les observer et de les laisser passer. Il va alors progressivement découvrir, au-delà de tout ce flot d’émotions et de pensées, la profondeur de son esprit. Il découvre qu’il y a en lui un espace qui échappe à l’envahissement des émotions, un silence au-delà du bruit des pensées, une joie et une paix toujours présentes. Au fil de la pratique de la méditation, le corps se détend, la respiration devient plus profonde et l’esprit de plus en plus apaisé et silencieux. Tel un muscle, nous fortifions cet espace intérieur et le rendons invulnérable à toutes les attaques : celles des pensées ou des émotions qui viennent du psychisme, et aussi celles des paroles blessantes, des harcèlements psychologiques, des énergies négatives qui nous sont envoyées.
Trop d’hommes auront vécu au fil de leurs instincts, de leurs émotions ou bien des traditions et coutumes de leur société, sans jamais avoir fait un vrai choix, sans jamais avoir eu l’intelligence émue par la beauté du savoir, le cœur saisi par la joie du don. Ils auront vécu des petits plaisirs, mais pas de grandes joies. Ils auront vécu des amours rassurants, mais jamais des amours qui déchirent le cœur et l’agrandissent aux dimensions du monde. Ils auront mangé à leur faim, mais pas connu l’extase de l’âme face au Beau et au Vrai. Ils auront appris un métier et gagné leur vie, mais sans doute jamais découvert l’activité qui aurait pu les mettre dans l’enthousiasme. Et lorsqu’ils mourront, ils demanderont : « À quoi bon vivre ? L’existence n’avait aucun sens ! Où est-il le bonheur auquel j’ai parfois aspiré ? Où est-il l’amour que j’ai désiré ? Où est-elle, la vérité dont on m’a parlé ? Qu’en est-il de la vie dont j’ai rêvé lorsque j’étais enfant ? » Alors, on leur répondra : « Tu avais en toi un esprit qui pouvait donner un sens à ta vie, te conduire au bonheur et à l’amour véritable, te mener vers la vérité et te faire vivre tes rêves… mais tu l’as ignoré. » »
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